Maladie d'amour ?

Publié le par Caro

Récemment, lors d'une discussion avec un ami très proche, celui-ci m'expliquait, après 9 ans de mariage, un divorce douloureux et malgré de nombreuses conquêtes féminines, qu'il n'arrivait pas à tomber amoureux.

Pendant ce temps, je pensais : "Mon bon ami, quelle chance tu as..."

 

L'amour est, je finis par le croire, une vraie maladie. Vouloir tomber amoureux me fait l'effet de quelqu'un, qui, en bonne santé, rêverait d'attraper une bonne grippe. C'est maso, non ?

 

Tout d'abord ça vous tombe dessus sans prévenir, et sans que vous ayez rien demandé. Ca s'insinue en vous comme un poison, pour gagner des organes aussi vitaux que le cerveau et le coeur. Soit votre cerveau se met à tourner à 200 à l'heure quand l'objet de votre amour est absent (doutes, angoisses, se mêlent à la rêverie absurde), soit en sa présence vous êtes tel un légume. Avez-vous déjà noté quel regard abruti peut avoir un chien devant une chienne en chaleur ? Un regard tellement plein de vide qu'en le sondant vous pouvez allègrement voir le bout de sa queue. Eh bien, n'en doutez pas, quand vous êtes amoureux, vous avez le même. Le coeur quant à lui s'emballe dès que vos yeux se posent sur la source de l'affection qui vous ronge et manque de s'arrêter si son regard croise le vôtre, s'il vous sourit, s'il vous touche.

 

L'amour comme la maladie se manifeste par des symptômes aussi curieux qu'incompréhensibles.

Outre les palpitations, on peut signaler la gorge nouée, les pupilles dilatées, ou cet état de lassitude et de manque qui peut aller jusqu'à l'insomnie quand on ne le voit pas.

Cela m'évoque pour partie une allergie :  état d'un organisme qui réagit violemment à l'introduction d'une substance (passons outre la notion d'introduction, nous n'en sommes pas là !)

 

Comment à partir de ces considérations peut-on délibérément aspirer à être amoureux, mais surtout, quand on est atteint, comment faire pour que ça s'arrête ?

 

Si je raisonne en termes d'allergie, alors il suffit de ne plus s'exposer à l'allergène. Décider qu'on ne le verra plus, tout en sachant que l'on traversera une période difficile proche de la crise de manque d'un drogué. Il y a de ça dans l'amour, on devient accro à l'autre, et chaque instant passé en sa compagnie, nous donne cette sensation d'être plus vivant que jamais, de prendre une grande bouffée d'oxygène et nous transporte ailleurs.

 

Pourquoi alors, si l'on se sent si vivant, vouloir y mettre un terme ?

 

Parce que ce n'est pas réciproque par exemple. Si ça l'était, ne recevrions-nous pas des signes clairs et évidents ? En l'absence d'un mot, d'un signe, d'un geste significatifs, par défaut, c'est qu'il n'y a rien à espérer en retour. Et rien n'est pire que de soupirer en vain. La non-réciprocité des sentiments et des désirs, est selon moi, la raison n°1 de la nécessité de se soigner.

Quoi d'autre...

Parce que c'est terriblement compliqué.

On ne choisit pas de craquer pour une personne, mais bien souvent, on trouve le moyen de craquer pour la personne la plus inaccessible qui soit. Et le plus inaccessible c'est celui qui est casé et bien casé. Si en prime c'est un parangon de vertu, il faut se rendre à l'évidence : c'est mort. Et si vous êtes tout aussi casé, ça ne rend les choses que plus compliquées encore.

 

J'ai connu des femmes qui ne s'embarassaient pas de ce genre de détails et qui n'auraient jamais hésité à détruire une famille et la leur. C'est quelque chose qui heurte le peu de conscience morale que j'ai encore.

Il reste les moments volés, certes intenses et précieux, c'est tout ce que l'on a à offrir, pour tout le temps que cela durera.

 

Faut-il se déclarer ? D'entrée de jeu si l'on a évalué ses chances à 0% et que la personne est inaccessible, mieux vaut se taire. On se remet d'un râteau, je le conçois, mais qui aime en prendre un ?

S'il y avait la moindre chance, ça vaudrait peut-être la peine de faire comprendre à l'autre qu'il ne nous laisse pas insensible et qu'on aimerait partager davantage avec lui, même si ce ne sont que ces instants volés. Sans rien se promettre, sans rien exiger l'un de l'autre, sans rien en attendre.

 

Les poêtes ont noirci des pages à l'encre de leur sang empoisonné par l'amour.

Quand j'étais ado et transie d'amour pour un camarade de classe, désespérée qu'il ne me calcule même pas, j'avais découvert un poême de Felix Arvers. Plus de 20 ans plus tard je revis les mêmes émois, les mêmes transports, la même déraison, et c'est le même poême qui me vient à l'esprit. Comme quoi, on a beau vieillir et gagner en sagesse, on a beau avoir appris à maîtriser ses émotions au point de ne rien laisser paraître, on n'en reste pas moins sensible à la pire affection qui soit. Et même s'il ne s'agit que de désir, à l'état brut, je crois quand même bien que je suis atteinte.

 

Mon âme a son secret, ma vie a son mystère :
Un amour éternel en un moment conçu :
Le mal est sans espoir, aussi j’ai dû le taire,
Et celle qui l’a fait n’en a jamais rien su.

Hélas ! j’aurai passé près d’elle inaperçu,
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire,
Et j’aurai jusqu’au bout fait mon temps sur la terre,
N’osant rien demander et n’ayant rien reçu.

Pour elle, quoique Dieu l’ait faite douce et tendre,
Elle ira son chemin, distraite, et sans entendre
Ce murmure d’amour élevé sur ses pas;

A l’austère devoir, pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d’elle :
" Quelle est donc cette femme ?" et ne comprendra pas.

 

Mes heures perdues
Félix ARVERS
(1806-1850)

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Publié dans Reflexions

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