Coming out ?

Publié le par Caro

Dans son poême "Mon rêve familier", Verlaine écrit :

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime

J'ai fait un rêve curieux et perturbant qui donne tout son sens à ces quelques vers, à quelques détails près.

 

Il n'est pas fréquent que je rêve d'une femme, en tout cas avec laquelle j'aurais une relation physique, mais c'est surtout la première fois que l'aspect physique est absent mais qu'en revanche il y ait une attirance de nature plus émotionnelle et affective.

 

J'ai raconté mon rêve hier soir au mari. Avez-vous déjà vu la tête qu' a le tarsier ? Pour info, le tarsier est un petit mammifère arboricole et nocturne, de l'ordre des primates et vivant en Asie du sud-est. Il se caractérise notamment par ses yeux, tellement énormes qu'ils ne peuvent tourner dans leurs orbites. Recherchez dans Google et vous comprendrez.

J'ai cru que les yeux du mari allaient lui sortir de la tête tellement ils étaient écarquillés. Il a manqué de s'étouffer avec le chili con carne.

 

Dans ce rêve, je flashais pour la première fois sur une femme. Je l'observais en me tenant à quelques mètres de distance et j'étais totalement sous le charme. Elle était assise avec nonchalance sur un muret, comme attendant quelqu'un avec un brin d'impatience. Elle était habillée avec beaucoup d'élégance, en tailleur pantalon en tweed, un manteau de cachemire négligemment jeté sur les épaules. Au moment où elle a rejeté ses cheveux couleur miel en arrière, j'ai pu distinguer les traits de son visage au dessus de son cou gracile. Son nez était fin, sa bouche légèrement pulpeuse, ses yeux bleus en amandes. Le regard semblait froid mais volontaire et déterminé, ses gestes étaient délicats mais précis.

J'étais captivée par cette femme issue de mon imagination, ma femme idéale et parfaite, celle dont je pourrais tomber amoureuse.

 

Le mari, après s'être remis de ses émotions m'a simplement demandé de le prévenir quand il faudrait aménager une 3ème chambre dans la maison et envisageait mon planning : lundi, mardi et mercredi avec lui; jeudi, vendredi et samedi avec elle; le dimanche j'aurais le droit de me reposer. Ben voyons...Gazon maudit 2.

 

Vous vous demandez peut-être en quoi ce rêve me perturbe.

Ca me semble pourtant d'une limpide évidence : je m'interroge sur mes orientations sexuelles !

La vérité c'est que ce n'est pas nouveau, et que c'est même un sujet que j'ai déjà abordé avec le mari.

J'ai même son autorisation pour aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte..enfin en l'occurrence si le gazon est plus vert, car quoique nous ayons des accords de libéralisme dans notre couple, ce n'est valable que pour lui. Je crois que je me suis faite pigeonner sur ce coup là d'ailleurs...

 

Après 10 ans de mariage et 13 de vie commune, il peut arriver qu'on trouve naturel voire même vital pour le couple de repenser sa sexualité. Et donc de parler franchement de ses désirs, de ses fantasmes, autant que ses doutes ou des trucs qui fâchent. Histoire peut-être de redonner un peu de piment à sa vie sexuelle, après des années de sexe planplan qu'on aurait peine à côter à 4, sur une échelle allant de 1 à 10 (1 étant le plan déprimant du dimanche soir pendant lequel on a le temps de repenser à peine 1 fois à la nouvelle couleur du plafond, 10 étant le summum de la perversité et le feu d'artifice qui vous consume littéralement...enfin en théorie, parce que même en réfléchissant bien je n'arrive pas à me rappeler si je suis déjà arrivée jusque là...).

Bref, comme disait Pépin, j'ai soumis au mari tous les trips libidineux pouvant exister, du plus soft au plus hard. J'ai supputé que comme de nombreux autres hommes, il fantasmait sur un plan à 3, impliquant 2 femmes et lui, ou qu'il avait un côté voyeur non avoué et rêvait de pouvoir mater deux femmes ensemble.Mais rien ne le branche. Il s'est même plutôt fermé comme une huître quand on a évoqué ce sujet. Mon mari doit avoir été Amish dans une vie antérieure, ce n'est pas possible autrement.

Ca a un côté flatteur dans le sens où il estime que mes prouesses lui suffisent amplement, mais c'est franchement déprimant d'être coincé à ce point.

 

C'est au cours de cette discussion que je lui ai fait part de mes doutes sur mes réelles tendances, doutes qui m'habitent depuis de nombreuses années. Dans Pédale douce, Michèle Laroque se demande si c'est elle qui a rendu son mari gay, si je fais mon coming out, ce ne sera peut-être pas tout à fait sans la contribution du mari. En tout cas cela ne contrarierait pas, normal, avec une femme il n'aurait pas à se remettre en question et n'aurait pas le réflexe de se comparer.

 J'ai donc cherché des éléments pouvant me permettre d'éclaircir tout cela, comme on cherche les symptomes d'une maladie quand on est persuadé d'en être atteint. Y a t-il des détails qui sont autant de preuves que l'on penche d'un côté plutôt que de l'autre ?

 

J'ai ainsi découvert qu'une lesbienne a les annulaires (non vous ne rêvez pas) plus longs que les index, en particulier l'annulaire de la main gauche. Forcément j'ai vérifié si c'était mon cas...et je me suis retrouvée dans la peau du tarsier...

 

Mes recherches m'ont appris que les lesbiennes aiment dessiner les femmes nues...je n'ai jamais dessiné d'homme nu. Les courbes féminines m'ont toujours semblé plus harmonieuses, plus esthétiques, plus délicieuces...argh !

Quand on est lesbienne, on fait des rêves érotiques impliquant des femmes...hum...

Et la chaîne de cheville ?

 

Porter ce genre de bijou à la cheville, viendrait à l’origine d’Egypte. La signification donnée dans ces contrées, dit que chaque égyptienne mettait une chaînette à sa cheville afin de « répertorier » le nombres d’amants que la demoiselle avait pu avoir dans sa vie…sans aucune différence entre la cheville droite et la gauche. C’est un symbole lesbien, qui par ailleurs, s’est singulièrement banalisé, au même titre que la boucle d’oreille chez un homme portée soit à droite, soit à gauche. Chez les gitans, la chaînette à la cheville gauche, à l’origine, était le symbole de la soumission à son homme. A droite, c’était pour que les lesbiennes se reconnaissent.

 

Je la porte à gauche et une partie de ma famille est bohémienne...ouf ! Mais soumission à l'homme ? Pis quoi encore !

Mais quand même c'est un symbole lesbien...

 

J'ai lu que pour vraiment savoir, il faut se jeter à l'eau et tenter l'expérience. L'idée m'a déjà traversé l'esprit à maintes reprises, mais seulement voilà, aucune femme ne m'a jamais tapé dans l'oeil...jusqu'à ce rêve. Nombre de lesbiennes n'ont confirmé voire découvert leur homosexualité qu'à partir du jour où elles ont rencontré LA femme qui a tout changé. La mienne je l'ai rencontrée en rêve, ça ne me facilité pas vraiment la tâche... Imaginons qu'elle existe vraiment et que je la rencontre : et si moi je ne lui plaisais pas ?

 

Fondamentalement je n'imagine pas être homosexuelle, je me dis que tout cela doit avoir encore un sens psy caché qui m'échappe. Mais peut-être que je me leurre en croyant n'aimer que les hommes et en les préférant. Je doute qu'un homme me prouve que je suis définitivement hétéro, ou alors vraiment je pourrai enfin connaître le 10ème pallier de l'échelle du plaisir (ça fait un peu "qui veut gagner des millions là, non ?). C'est un mythe ce pallier, un tel homme n'existe pas. Une femme peut-être ???

 

Au s'couuuuuuuuuuurs !!!

 

 


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Publié dans Reflexions

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